
I Muvrini - I Muvrini et les 500 Choristes (2007)

1) A voce rivolta
2) Streets of Philadelphia
3) Quand' hè
4) Ti mandu
5) Amsterdam
6) È ghje cusì
7) Solamamma
8) Sarà
9) Agnus dei
10) À la terra intera
11) Veiller tard
12) Passerà
13) Tù quieres volver
14) Diu vi salvi regina
Jean-François et Alain Bernardini : chant
Stéphane Mangiantini, Marc Ventura : choeurs
Charles et Philippe Rutily : chant (13, 14)
Tina Arena : chant (1)
Anggun : chant (2)
Sarah Brightman : chant (13)
Achim Meier : piano, claviers
Thomas Simmerl : batterie, percussions
Peter Weihe : guitares
Patrick Manouguian : guitares et charango (1, 4, 8, 11, 12, 14)
Hugo Gutierrez : charango (4, 12)
César Anot : basse (1, 4, 10)
Henner Malecha : basse (3, 5, 6, 7, 8, 11)
Rodolfo Choque : flûtes (12)
Laurence Dupuis : violon (4, 7, 10)
Loïc Taillebrest : cornemuses et clarinette (1, 4, 8, 10, 14)
L'Orchestre Symphonique de Londres (13)
Avec la participation des 500 Choristes dirigés par Jacky Locks (1, 5, 6, 7, 9, 10, 11, 14)
Critique :
Et nous y voilà, le petit dernier, celui que j'attendais avec impatience, et le premier album studio que j'ai réellement acheté à sa sortie (le jour même). Au début, quand on m'avait parlé d'un album-collaboration entre les Muvrini et les 500 Choristes qui allait sortir en novembre, je n'étais pas déçu mais un peu refroidi, car j'ai immédiatement pensé à une oeuvre purement vocale du genre Jean-Paul Poletti et le Choeur de Sartène. Genre que j'aime beaucoup au demeurant, mais comme vous le savez, je suis très attaché à la facette pop-rock / variété des Muvrini.
Enfin bref la track-list, mais surtout les "crédits" (nom des musiciens et instruments, voir ci-dessus) ont permis de réveiller un très vif intérêt et la volonté d'en découdre, le trajet Virgin -maison n'en a été que plus pénible. Déjà rien que pour la track-list quand même, je m'aperçois que le nouvel album est constitué à 50 % de reprises, et à 50 % de chansons originales, sachant que l'on connaît déjà bien un quart de l'album (quand je parlerai d'une des chansons concernées, je dirai "l'une des quatre"). Et donc en rentrant, je me jette sur mon lit, ferme les yeux et écoute.
Je choisis donc de procéder par ordre, de la première à la dernière, comme si je découvrais l'album à nouveau. D'emblée, je suis frappé par la beauté et l'ampleur du son, on reste dans la lignée du dernier live (2006), aucun souci. Première chanson, "A voce rivolta", "l'une des quatre" (voir paragraphe ci-dessus) le fameux hymne que les fans connaissent par coeur depuis dix-sept ans. Seulement voilà, à force, certains (qui ne l'aimaient pas à la base) en ont été encore plus dégoûtés, et si en plus il y a Tina Arena... Une chanteuse très controversée, comme toutes les chanteuses qui ont un peu de coffre vocal et le montrent (et les critiques volent alors plus que chez les hommes). On peut comprendre que ces gens-là ne démarrent l'album qu'avec la deuxième chanson finalement. Moi j'aime beaucoup Tina Arena, je la trouve belle, gentille, j'aime beaucoup sa voix, et même si je suis pas connaisseur de son oeuvre et peut-être aussi un peu mitigé (pas trop fan des tubes en français, mais la reprise de "I want to know what love is" et la chanson de Zorro d'il y a dix ans, c'était magnifique), je l'accepte tout à fait. La chanson est grande, mythique (bon par contre, où est passé le hautbois ?), et même si elle crie plus qu'elle ne chante (façon de parler), la petite Tina apporte encore un supplément de profondeur à la chanson, tout comme les 500 Choristes d'ailleurs, la spécialité de l'album. Si ça marche aussi bien déjà, on ne peut que rester rêveur par rapport au reste.
Deuxième titre, "Streets of Philadelphia". Le simple fait de savoir qu'un de mes groupes chéris reprend un autre de mes artistes chéris (en l'occurence Bruce Springsteen), je m'en léchais déjà les babines. Le seul truc, c'est que Anggun est loin d'être ma chanteuse préférée... Mais bon, la reprise est certes moins dense que l'originale, mais je ne doute nullement du fait que la sincérité y est toute autant, et puis il faut bien garder en tête que l'album précédent des Muvrini était Alma (par rapport au plan musical) et la reprise va dans ce sens.
Première des chansons originales, "Quand' hè". Même chose que la reprise précédente, c'est bien le son et le style d'Alma, avec cependant la joie en moins, et j'ai presque envie de dire que ça me plait déjà plus ici. Un truc idiot mais bon, pas trop fan des "tou touuuuu... tou touuuuu" entre les couplets. Très chouette tout de même, surtout au niveau du refrain.
"Ti mandu" est un peu plus particulière : vous prenez "Rifà lu mondu", à savoir le titre le plus "dance" de l'album Umani (2002), et vous ajoutez le son d'Alma. Eh ben au final, notamment pour moi qui aime "Rifà lu mondu", je trouve ça très réussi. Et puis très original le charango et la clarinette (merci Loïc).
Retour aux reprises avec "l'une des quatre", un autre hymne mais cette fois de Jacques Brel : "Amsterdam". Le groupe l'avait déjà reprise une dizaine d'années plus tôt, et elle avait été incorporée à la compilation A strada (1999-2000). Certains trouvent la première version meilleure, moi je dois dire que Jean-François qui y met encore plus de coeur, et les 500 Choristes, ça fout des frissons... Excellent, vraiment.
Nous avons maintenant droit à un petit chapelet de chansons originales, que je qualifierais de "trio créatif de l'album". Et rien qu'avec "E ghjè cusì", on se prend déjà une bonne claque... Un nouvel hymne, notamment grâce au merveilleux refrain, avec les voix de Jean-François et Alain qui vont se perdre dans le lointain, sur les nappes de claviers et les voix angéliques des Choristes. C'est la première chanson de l'album que je rêve réellement d'entendre au concert.
La tension redescend un peu avec "Solamamma". En fait c'est drôle, mais les chansons des Muvrini qui comportent le mot "mamma", que ce soit "Un altra mamma hè trista" en 1988, ou "Solamamma" en 2007, paraissent toujours, même si jolies, plus "classiques" et moins tape-à-l'oreille. Tout est bien, mais la participation des 500 Choristes est encore une fois plus qu'adjugée-vendue, sans parler de l'intervention de la délicieuse Laurence Dupuis.
Dernière chanson du chapelet, "Sarà". Rien que le début, une nappe de synthé envoûtante survolée par une cornemuse, tout ce que j'aime, je fonds... Et le reste de la chanson est du même acabit. Tiens c'est drôle, les Choristes ne sont pas crédités sur celle-là, j'ai pourtant la forte impression de les entendre. Enfin pas grave. Les décollages du refrain sont encore une fois de toute beauté, et cette alternance Jean-François / Alain fait toujours autant son effet en ce qui me concerne.
Nouvelle reprise, "l'une des quatre", déjà disponible sur le précédent live, le traditionnel "Agnus dei". Il semblerait que depuis dix ans, pour ses albums studios, le groupe préfère la polyphonie (de plus en plus rare) agrémentée de claviers plutôt que l'exercice le plus traditionnel, auquel il consacrait un morceau sur 12 jusqu'à Leia (1998) inclus. Conforme à la version live, mais moins longue me semble t-il. Toujours très belle, profonde et agréable...
Encore une chanson originale, "À la terra intera". Après une série de chansons pas tout à fait joyeuses, on se laisse surprendre par la bouffée d'optimisme et de lumière dont l'intro acoustique (piano-guitare) fait preuve à elle seule. Quant au reste, notamment les refrains encore une fois, wow... Ca décoiffe ! Il y avait longtemps que le groupe n'avait pas autant augmenté le tempo, MAIS QU'EST-CE QUE C'EST BON ! Et les choeurs, le final, et les talents conjugués de Laurence et de Loïc, pour la première fois sur album. Tout est parfait ici, je rêve d'entendre cette chanson au concert, l'une de mes trois chansons originales préférées de l'album avec "È ghje cusì" et "Sarà".
J'ai toujours trouvé que la reprise de "Veiller tard" qui suit dénotait un (tout ptit) peu par rapport au reste. Mais rien de bien méchant, d'autant plus que c'est le seul extrait que j'ai connu de l'album, avant même sa sortie. Comme pour "Amsterdam", Jean-François mélange le corse et le français (j'en entends déjà crier au sacrilège) et ça me va très bien. Là où je vais pas me faire d'amis, c'est que j'ai beau être fan de Goldman, je n'ai jamais considéré cette chanson comme un chef-d'oeuvre (sauf lors de la tournée 2002-2003), notamment par rapport au saxophone. Pas de ça ici, on est dans le même cas de figure que "Streets of Philadelphia", la densité un peu moindre, mais une bonne dose de sincérité. Agréable...
Dernière chanson originale, "Passerà". Il n'y a pas eu de chanson évoquant réellement l'Espagne (ce qui peut se comprendre, car ils en ont bien usé sur Alma), mais c'est justement parce que cela manque (bah oui quoi, on s'y est habitués à force) que j'ai envie de dire que c'est celle-ci qui s'en rapproche le plus. Une belle bêtise, parce que ce n'est pas vraiment ça, la chanson évoquant un "Solamamma" en plus rapide et inventif, avec plus de guitares (et de flûtes) aussi !
En fait, la chanson précédente permettait de masquer la cerise sur le gâteau, l'un des plus grands trésors de l'album et du I Muvrini de ces dernières années. Quand celle-ci arrive, c'est avec plus d'émotion qu'on se la prend dans la figure... Il s'agit de "Tù quieres volver", une chanson de folklore gitain popularisée par les Gipsy Kings. Version magnifique d'ailleurs, et la chanson avait été reprise au milieu des années 90 par Sarah Brightman, la voix soprano féerique qui fait de la pop (et la reine de la reprise), trop peu connue en France. Et cette version était pour moi encore plus magique autant que différente de l'originale. Seulement ici, et je ne dis pas cela parce que c'est la première version que j'ai entendue, ici c'est la rencontre de deux artistes, des voix que j'adore, et pour moi ça dépasse tout. La belle Sarah de nouveau donc, et avec notamment Jean-François (qui mélange le corse à l'espagnol cette fois) qui apporte encore plus d'âme à l'ensemble. Le seul truc, c'est que je me pose encore des questions, quant au fait de savoir si l'orchestre et Sarah ont réellement délivré une nouvelle prestation, rien que pour le présent album, ou si ces éléments ont été prélevés sur la reprise de la diva (car cela ressemble comme deux gouttes d'eau à cette dernière version), et donc les Muvrini n'auraient eu qu'à ajouter leur voix. Enfin je m'en fous après tout, cette chanson est à la base aussi fabuleuse que déchirante, elle est ici servie par des arrangements instrumentaux et vocaux aussi grandioses que somptueux, et encore j'estime que ces mots ne sont pas à la hauteur de ce que je ressens. Ce n'est pas toujours que cela arrive, mais quand j'entends cette version, il m'arrive de fondre en larmes, complètement... Je ne saurais pas dire pourquoi, car je ne le ressens pas comme de la pure tristesse, m'enfin ça me touche au plus profond du coeur et de l'esprit. Celle-là aussi, je rêve de l'entendre au concert, au risque de pleurer au milieu de tout le monde et d'inonder la fosse du Dôme de Marseille...
On termine avec "l'une des quatre", la dernière, l'hymne des corses, à savoir "Diu vi salvi regina". Carrément différente de la version a cappella + violoncelle de Leia (1998), elle se fait ici nettement plus proche de l'interprétation du dernier live (2006), avec donc boîte à rythmes, et un esprit plus "variété", moins traditionnel. Difficile de redescendre de son petit nuage (voire du paradis) après la claque précédente, mais tout dans cette dernière chanson, voix, choeurs et cornemuse, nous permet d'y rester encore un moment. Une fin d'album bien connue donc, mais très très convaincante à mes yeux.
Bon voilà, j'en ai beaucoup dit, et encore je pense m'être pas mal retenu, surtout en ce qui concerne les chansons que le préfère. La famille Genesis nous a encore gratifiée de nombreuses perles au cours de l'année 2007, comme d'habitude, mais cette dernière production de mes corses chéris restera mon album chouchou de l'année. Rien que pour la structure, je trouve les chansons originales idéalement disséminées au milieu des reprises. Et puis dans chacune des deux catégories, il y a au moins trois "bombes". Un superbe travail qui vient se placer juste derrière les albums mythiques de 1988 à 2002 inclus.
Et maintenant, j'ai fini pour un moment avec I Muvrini. Je me sens fin prêt, après une bonne rétrospective, je n'en attends le concert du 25 mars qu'avec plus d'impatience. Et puis il faut préciser que ce même jour, c'est la date anniversaire de la mort de mon père, 5 ans jour pour jour que la leucémie l'a emporté... Je suis d'autant plus ravi que je vais voir l'un de mes groupes favoris ce jour-là précisément, et je m'attends à ce qu'ils m'offrent encore plus de soleil, au moment même où j'en aurai le plus besoin...